Professeur d'un jour : Philippe Brossard

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La croissance des dettes publiques est-elle une menace ?

Le haut niveau d’endettement des États est régulièrement dénoncé. La dette publique est elle utile ? Est-elle dangereuse pour l’économie nationale ? Les États sont-ils en faillite?

Nous montrerons dans un premier temps la complexité de la mesure de l’endettement public. Dans un second temps nous verrons que la dépense publique peut être conjoncturellement efficace, comme cela a été le cas pour la France. Mais, nous soulignerons dans un troisième temps, que les États par leur endettement participent à la bulle du crédit, et peuvent ainsi fragiliser l’équilibre économique global.`

1          Mesure de la dette publique. Les États sont–ils en faillite?

Le cas français. Devant la montée inexorable des dettes publiques brutes, le Premier ministre avait lancé une formule forte : « Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite » F. Fillon, sept 07.

Qu’est-ce que la dette publique?

La dette publique est la partie droite du bilan du secteur public (entendu comme comprenant à la fois l’État, les collectivités locales, la sécurité sociale). Dans le bilan, la dette est le stock des avoirs et des dettes accumulés au cours du temps, à ne pas confondre avec le Budget qui représente le tableau des flux annuels des dépenses et recettes de l’État. Budget et bilan sont cependant en lien. Lorsque le budget est en déficit, celui-ci est financé par un emprunt, qui vient augmenter le montant de la dette publique. La dette augmente aussi par des opérations en capital (par exemple achat d’actions d’entreprises privées).

La dette publique représentait 20% du PIB en 1978, elle devrait représenter 83% du PIB en 2010. Du moins la dette nette, celle qui entre dans les critères de Maastricht et de la zone euro. La dette brute elle atteindra les 100%. (la dette nette ne prend pas en compte les emprunts publics détenus par des acteurs du secteur public).

2          La dépense publique a été conjoncturellement efficace.

A) Le débat économique sur l’efficacité de la dépense publique :

Les Keynésiens.

Tous les marchés (marché du travail, marché des biens, marchés des capitaux) ne sont pas forcément équilibrés simultanément, la « main invisible » n’empêche pas les crises.

La recherche de l’équilibre budgétaire (ou la rigueur monétaire) en temps de crise peut conduire à intensifier la crise, en déprimant la demande finale (hausse des impôts), et donc l’investissement, qui est calibré sur les perspectives de demande finale et donc l’emploi, etc.

Au contraire le sous-emploi peut-être combattu par une stimulation volontariste de la demande, par l’État, fut-ce au prix d’un déficit public, qui aura un effet démultiplié sur la reprise de la demande, en particulier en faisant baisser le taux d’épargne.

Les déséquilibres sur les marchés de capitaux (paniques bancaires ou boursières) peuvent être rétablis par un prêteur en dernier ressort.

Le débat économique sur l’efficacité de la dépense publique : 

Les Néo-classiques

Pour eux, la dépense publique pèse sur la reprise car elle est financée par l’impôt qui pèse à la fois sur l’offre (investissement et embauche) et sur la demande (consommation).

B.) Le constat

En 10 ans en France, l’État a triplé ses actifs. Il s’est donc enrichi.

Mais le rendement des actifs de l’Etat est difficile à estimer.

La relance internationale 2008-2009 a été massive.

Les dettes publiques : + 17% en 2 ans dans l’OCDE.

La Grèce : un arbre qui cache la forêt. Tous les pays de l’OCDE sont endettés. L’endettement a permis juste après la crise un redémarrage spectaculaire. La relance a été efficace. La croissance mondiale est repartie dès le second trimestre 2009.

3          Mais les États participent à la bulle du crédit et le niveau d’endettement public est porteur de risques.

L’hypothèse d’instabilité financière de Minsky : les crises économiques et financières s’expliqueraient par les cycles de l’endettement.

La bulle financière n’est pas percée, au contraire…

L’effet de levier du crédit a encore augmenté avec la crise et avec lui son pouvoir déstabilisant sur la croissance : risque de surchauffe, mais aussi risque de rechute violente si l’on cherche à réduire trop vite l’endettement public.

Les États ont plus que compensé le ralentissement du crédit privé et les dettes publiques ont de ce fait connu un effet boule de neige. Du fait du haut niveau de leur endettement, les États n’envisagent plus que de rembourser les intérêts de leurs dettes, ce qui correspond à une attitude spéculative.

Les dettes soutenables en période de croissance…deviennent insupportables après la crise.

La question primordiale devient l’écart entre le taux de croissance nominal et le taux d’intérêt de la dette. Tant que le taux de croissance est supérieur, la dette reste soutenable, si les taux d’intérêt sont plus élevés, la dette devient menaçante.

Conclusions

Il faut évaluer globalement le bilan des administrations publiques, pas seulement leur passif ; les administrations publiques françaises ont un actif net positif.

Les États ont raté l’occasion de renforcer leurs actifs en acceptant des titres bancaire hybrides mal rémunérés (et vite remboursés) alors qu’un bon gestionnaire aurait exigé des actions.

A l’effet euphorisant de l’endettement à taux très bas pourrait succéder une panique obligataire, qui poserait brutalement la question de la montée des impôts.

Les causes structurelles de la crise ne sont pas éteintes, mais les instruments de politique macroéconomique (taux court, Budgets) sont proches de leurs limites : une hausse de la volatilité macroéconomique est à prévoir dans les décennies à venir.

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Publié le: 
23 Juillet 2010