"Il nous faut un Etat stratège", par Yasmina Ahmed et Selma Caglayan

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Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard, spécialiste de la croissance et de l’innovation, était l’invité des Economiques jeudi  17 janvier 2013. Devant plus de 400 personnes, dont 300 élèves et étudiants, le « Professeur d’un jour » nous offre sa vision de l’Etat dans une économie mondialisée afin de retrouver la croissance économique. En bon pédagogue, il nous a présenté la politique structurelle, d’inspiration néo-schumpétérienne, nécessaire au retour de la croissance.

Cette politique structurelle, d’abord, mise sur l’innovation. Pendant les Trente Glorieuses, ces trente années de croissance forte, cette dernière a reposé essentiellement sur l’imitation technologique. C’était une économie peu ouverte au commerce extérieur avec peu de concurrence sur le marché des biens et des services et ainsi peu de mobilité du travail. Par ailleurs, le système de financement des entreprises reposait sur les banques et les aides de l’Etat. Ainsi, dans cette économie relativement fermée, l’Etat pouvait mener une politique macroéconomique qui lui permettait de gérer le cycle en jouant sur les dépenses publiques. De plus, l’Etat-Providence permettait de mener une politique sociale  (SMIC, protection sociale …), soutien de la demande. Mais depuis 1980, période ou les échanges se sont libéralisés, ce modèle a cessé de fonctionner. Avec la révolution numérique, les nouvelles technologies rendent les anciennes obsolètes (de même pour les qualifications),  ce qu’il qualifie de « conflit entre le nouveau et l’ancien ». De nouvelles entreprises et emplois sont créés tandis que d’autres sont détruits (la fameuse destruction créatrice de Schumpeter). L’investissement est en berne, y compris en ce qui concerne la recherche-développement. Dans une économie désormais  ouverte et fortement concurrentielle, quelle stratégie doit mener le gouvernement pour retrouver la croissance économique ? Quel rôle pour l’Etat ? Philippe Aghion répond par un état impartial et une politique structurelle qui mise sur l’innovation.

C’est en rappelant le rapport ATTALI qu’il évoque l’état « investisseur », la priorité devant être dans le domaine du savoir et de l’éducation.  L’Etat doit financer les universités pour qu’elles forment des individus plus adaptés à la vie active et qui forment de meilleurs enseignants. Pour ce qui est de la précarité et du chômage de long terme sur marché du travail, c’est en évoquant « la peur de perte du travail des français » qu’il répond à ce problème. Selon lui, l’Etat doit prendre en charge ce risque en imposant la flexi-sécurité sur le marché du travail déjà pratiquée au Danemark. Quand un salarié est licencié, l'Etat lui garantit une très bonne indemnité chômage et une formation continue pour faciliter son retour à l'emploi. Ensuite, dans cette économie mondialisée, l’Etat doit protéger les entreprises avec des politiques contra-cycliques contre les fortes fluctuations économique. Il propose de «réinventer la politique industrielle» afin d’être plus compétitif, notamment en aidant les secteurs où la concurrence joue un rôle majeur.

Pourquoi, dans le même temps, l’Etat doit-il maitriser les déficits ? Parce qu’alléger le service de la dette donnera les marges de manœuvre nécessaires à son action. Comment ? Philippe Aghion  réplique qu’il est plus facile d’emprunter auprès des épargnants en période de récession et de rembourser en période de « boum » (effet contra cyclique). Enfin « l’Etat est un investisseur », il faut donc penser aux moyens dont il dispose pour investir dans l’innovation. L’instrument traditionnel qu’il utilise est la fiscalité. Mais encore faut-il que « l’impôt soit incitatif, efficace, redistributif ». Un bon système fiscal sert à préserver les incitations à innover et à entreprendre.

Voilà ce qu’est un Etat stratège.                                                   

Caglayan Selma et Ahmed Yasmina, Terminale ES3 au lycée Turgot.

Publié le: 
08 Mars 2013