Changer le monde : Alain Badiou à Normale Sup'

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  Ce mercredi 19 janvier 2011, je me suis rendu à l’Ecole Normale Supérieur rue d’Ulm, près du Panthéon, pour assister à une conférence d’Alain Badiou, célèbre philosophe français dont la notoriété s’étend dans le monde entier. Une demi-heure avant la conférence, qui avait pour thème « Changer le monde », la salle était remplie au-delà des normes de sécurité si bien que bon nombre de personnes étaient dans l’obligation de s’asseoir dans les rangées.

« Le monde va plus vite que vous, rattrapez le ! » nous dit Alain Badiou, en guise d’introduction.

La conférence portera essentiellement sur un sujet d’actualité : « les émeutes en Tunisie » employé comme étant un exemple légitime et consensuel du changement. En effet, les émeutes victorieuses comme cela est le cas en Tunisie  sont des choses d’une rareté exceptionnelle. Badiou définit une émeute comme étant  « une action des gens dans la rue, le peuple qui se soulève dans l’espace public afin de renverser le gouvernement ». Ce qui génère en tout et pour tout de l’étonnement et beaucoup d’enthousiasme, c’est que ce gouvernement, instauré depuis vingt-trois ans, était d’une stabilité sans faille. Ce renversement est donc marginal.

« Ce n’est un secret pour personne si je vous dit que je pensais qu’il fallait faire pareil pour le notre » plaisante-t-il.

Selon lui, le point qui doit susciter de l’inquiétude chez le philosophe est cette représentation de « satisfaction obligatoire ».En effet, nous sommes obligés d’être heureux de cette situation nouvelle, situation qui crée immédiatement un consensus, une obligation de suivre l’opinion publique.

Un gouvernement renversé par la puissance populaire n’étant pas arrivé depuis 1979, cela est incontestablement événementiel.

Depuis 20 ans, la thèse de la fin de l’histoire relate que les puissances aux pouvoirs sont désormais installées et stables et que l’historicité est à jamais finie. Cette fuite du président Ben Ali, est donc l’emblème d’un espoir longtemps vacant qui évoque un renouveau de la puissance populaire.

« Somme nous et pour quelles raisons dans un temps des émeutes ? »

Les émeutes sont partout : En Chine, en Grèce, en Islande, en Angleterre … cela crée une tension pré émeutière française non négligeable. « Symptomalement, voilà revenir le temps des émeutes ».

La Tunisie serait la cristallisation des émeutes victorieuses, émeutes qui, de plus, se produisent à l’égard d’un état particulièrement solide.

La crise, créant un sentiment de non fiabilité dans le système, de vacuité dans les régimes politiques, encourage alors les émeutiers.

Les périodes intervallaires sont propices aux émeutes : ce sont les périodes entre une séquence de logique révolutionnaire clarifiée et une période nouvelle d’alternative d’ensemble. Dans ces périodes-là, aucun dispositif n’est en mesure de vertébré des mouvements structurés.

L’émeute tunisienne savait qu’elle défiait le pouvoir d’état. « Ce qui fait la différence entre une émeute et une révolution est que la révolution expose l’état au pouvoir et prêtant constituer en elle-même l’alternative, tandis que l’émeute propose une variation politique » précise t-il à son auditoire alerte.

Puis s’en suivent d’amples explications concernant la différenciation entre un désir d’occident et un désir de liberté, comment Ben Ali est passé du soutien des puissances à un abandon total, comment la Tunisie voudrait passé d’un despotisme marginal au service de l’Occident, à une inclusion occidentale.

Enfin, Alain Badiou achève son discours par une lecture du poème « éloge de la dialectique » de Bertol Brecht dont voici la fin :

« Quand ceux qui règnent auront parlé, ceux sur qui ils régnaient parleront. Qui donc ose dire : jamais ? De qui dépend que l’oppression demeure ? De nous. De qui dépend qu’elle soit brisée ? De nous. Celui qui s’écroule abattu, qu’il se dresse ! Celui qui est perdu, qu’il lutte ! Celui qui a compris pourquoi il en est là, comment le retenir ? les vaincus d’aujourd’hui sont demain les vainqueurs. Et jamais devient aujourd’hui. »

Julia d’Avout,

1ère ES3.

 

 

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Publié le: 
14 Janvier 2011