Badiou : Changer le monde (2)

Catégorie: 

C’est en ce 16 mars 2011 que je me suis rendu une seconde fois à l’Ecole Normale Supérieure rue d’Ulm afin d’assister à une autre conférence du philosophe Alain Badiou dont le thème était : « Changer le monde ». Je tenais à vous faire partager essentiellement trois points de son allocution qui ont retenu mon attention.

« On dirait que le monde s’est mis en tête d’illustrer la tenue de ce séminaire », nous dit-il en clin d’œil à l’actualité mondiale particulièrement mouvementée de ces derniers jours. Il définit tout d’abord le monde comme étant un ensemble de multiplicités localisées. La localisation est alors le réseau en réalité infini d’identité et de différences contextuelles rapportées à l’ensemble des figures d’êtres vivant dans un même monde.

Conformément à son habitude de relier étroitement la politique avec l’art, il en profita pour nous expliquer que, par exemple, la poésie était adossée à la subtilité des mondes et qu’elle puisait son inspiration dans l’infinie légèreté des nuances mondaines. «L’art s’enracine dans la subtilité des identités et des différences». Ainsi l’art serait le protocole de simplification des nuances, un génie de la simplicité.

Revenant une fois encore de l’art à la politique, il nous entretint de l’enracinement de la politique tout à la fois dans une doctrine de société, et dans une doctrine de principe. Ainsi, dans une société, une phase plus empirique succéderait à des phases plus principielles.

Le concept d’existence, concept clé de ce qu’est véritablement un objet dans le monde fut un point important de son analyse. Le concept d’existence serait mesuré par le degré d’identité du multiple à lui-même dans un monde déterminé. Ainsi, si l’objet est maximalement identique à lui-même, il existera dans ce monde avec la plus grande identité possible et sera apte à l’assumer, on pourrait presque parler « d’intégration ». Si, au contraire, l’objet est minimalement identique à lui-même, il n’arrivera pas à exister dans le monde et sera désuni. Exister, c’est donc la manière dont vous êtes dans le monde et l’intensité de l’existence va par conséquent varier selon les degrés d’identités. Le changement du monde est donc réel quand un inexistant du monde commence à exister dans ce même monde grâce à une variation de degrés.

Après cette analyse du concept de l’intensité de l’existence, Alain Badiou est revenu sur les changements mondiaux réels en s’appuyant sur l’actualité.

La détermination d’un lieu à un rôle décisif dans un changement, car cela en est la matière et tout autant la condition. Il y a production d’un lieu interne à la localisation générale qu’est le monde (par exemple, les places publiques). Pour démontrer cet aspect, le philosophe a évoqué le cas des émeutes égyptiennes. Les gens rassemblés sur la place ont proclamé que l’Egypte c’était eux, et tout le monde s’est incliné. Un million d’égyptiens rassemblés sur une place, donc sur un lieu interne, c’est effectivement conséquent, mais un million sur quatre-vingts millions d’égyptiens, c’est peu, et si grande soit une manifestation, elle est toujours minoritaire. En se rassemblant sur la place, il y a donc une compactification du monde en un point précis.

Et c’est, comme à son habitude, sur une note poétique qu’Alain Badiou acheva son intervention, en nous lisant  « En attente des tempêtes » de Bertolt Brecht.

Julia d'Avout, future économiste de 1ES3. 

Publié le: 
27 Mars 2011