"Aucune raison de craindre la mondialisation", dans Challenges, par Julia, term. ES

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A la question « la mondialisation … heureuse ? », Alain Minc, invité le mardi 10 janvier 2012 des Economiques de Turgot, répond sans hésitation, 15 ans après la sortie de son livre : « Pour le monde, elle l’est évidemment. La question se repose à l’échelle de la vieille Europe. ». En plus d’une heure de conférence et devant plus de 300 élèves et une quarantaine d’invités, Alain Minc nous offre un personnage très convaincu qui n’a pas la langue dans sa poche, tel qu’on le connaît dans les médias. Il commence par remettre en cause d’entrée de jeu le pessimisme des Français qu’il qualifie de « bénéficiaires inconscients de la mondialisation » (la baisse des prix des produits importés faisant augmenter le pouvoir d’achat), avant de préciser que cette dernière ne se résume pas seulement à des échanges de biens et de services, mais surtout à des mouvements de capitaux importants (de nos jours, chacun à la liberté de choisir où placer son argent) et à des transferts de technologies de plus en plus pointues. Pour ce qui est du travail c’est en rappelant l’influence du « cortège de souffrance » inhérent à toute suppression d’emploi qu’Alain Minc évoque ce problème, celui-là même qui nourrit le pessimisme tant décrié des français, en plein désarroi face au chômage qui perdure. La mondialisation est-elle vraiment une des causes majeures du chômage de la population française ? Alain Minc parle d’un fantasme.

Ensuite, après avoir comparé l’économie allemande et l’économie française, il rappelle qu’entre 1983 et 1995, la France, en suivant une politique de désinflation compétitive, avait réussi à obtenir un différentiel de taux d’inflation avec l’Allemagne jouant en sa faveur. Aujourd’hui, si la situation s’est retournée, il n’y a qu’une seule explication valable : la rigueur est désormais dans le camp allemand qui a su, en comprimant le coût du travail, retrouver un avantage de compétitivité de 10 % sur la France.

Si certains de nos voisins y gagnent, le problème de la France n’est donc pas tant la mondialisation que nos difficultés à l’accepter, à s’y adapter. De plus, il y aurait de bonnes raisons d’être optimiste pour notre pays : l’Allemagne gardera t-elle durablement son avance avec une si faible fécondité, donc à terme un alourdissement de la dette par habitant ? Tandis que la France, elle, aura gardé une fécondité abondante …

Et pour ce qui est de la démondialisation ? A ceux qui vantent le protectionnisme à l’échelle d’un seul pays il rétorque : « C’est un discours tellement abyssal de bêtises, qu’il ne mérite même pas réflexion ». A ceux qui l’envisagent au niveau européen, il concède que, la thèse étant plus sérieuse, ce serait « conceptuellement possible mais politiquement inenvisageable » : l’unanimité à 27 ?

C’est donc à coup de phrases d’accroche et d’exemples pertinents pour répondre de ses positions, que notre invité a tenu en haleine son auditoire pour cette conférence inaugurale de la saison 2012 des Economiques. Cette intervention a suscité des réactions très diverses chez les élèves et, si certains sont sortis complètement convaincus, d’autres restent encore assez perplexes face aux arguments de notre invité, notamment sur le fait que la crise actuelle ne serait pas celle de la mondialisation.

Le 14 février à 16h, se tiendront les prochaines Economiques avec André Orléan qui viendra nous présenter des dangers de l’instabilité financière.

 

Julia d’Avout, élève de Terminale ES au lycée Turgot, Paris.

 

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Publié le: 
12 Février 2012